Il faut la mort de mon père, des nuits agitées pour que je cherche le sens de ce mot : Continuum. Et le choisisse par instinct comme titre de ce billet. Continuum : selon Jean Liedloff, le continuum est une suite de comportements instinctifs que nous adoptons depuis notre naissance avec les gens et l’environnement qui nous entoure. Selon cette théorie, ce serait par l’échec de la perpétuation de ces comportements de génération en génération que le mode de vie de l’être humain des civilisations occidentales est aujourd’hui peu adapté à la vie sur terre…

Comme d’habitude, je vais transmuer la définition générique d’un concept pour l’adapter à ce que mon instinct me dicte 🙂 . S’il est des comportements « innés » que nous possédons en nous et que nous transformons en actes incontrôlés, il en est d’autres que nous perpétuons de par ce que nous avons vécu dans notre petite enfance, et tout au long de la construction de notre personnalité lors de l’adolescence. Ma construction fut chaotique, de par l’exemple de couple que m’ont donné mes parents, et de ce que le propre de leurs personnalités, de leurs désordres et de leurs valeurs, m’a inculqué, malgré moi, en confrontation avec ma propre personnalité déjà définie par ma propre naissance, et de mes vies antérieures. Il est une chose certaine, l’instinct de survie a été le plus fort. J’ai vécu l’inceste, ma mémoire sélective a fait que je ne me souviens que de certains actes et que j’en ai peut-être occulté d’autres, trop durs à accepter pour la survie de mon être. Je me souviens de ce soleil qui se levait (la fenêtre de ma chambre donnait plein Est), de mon père qui est entré, des « choses » qu’il a faites sur mon corps, et puis, un trou noir, et mon père sur le pas de la porte qui me dit « tu ne dis rien à maman ». J’avais oublié l’âge, cela, c’est ma mère qui me l’a rappelé, lors d’une visite chez un médecin, « ma fille est devenue émotive vers 11/12 ans ». Il m’a fallu près de 30 ans pour m’apercevoir que je ne faisais mes devoirs qu’avant de me coucher, allongée sur la moquette, avec une petite lumière (ma petite soeur dormait en haut dormait en haut de notre lit gigogne), pour « savoir » que je ne faisais cela que dans le but d’être la dernière couchée. Effectivement, mon père ouvrait la porte et me disait qu’il fallait que je me couche. Ce lit gigogne, avec le petit escalier de bois, c’est peut-être ce qui m’a sauvée du pire… Pendant des années donc, j’ai gardé cette habitude, me coucher la dernière… L’instinct de survie : qu’il ne me touche plus ! Et je peux vous dire que cela a duré des années ! Vers l’âge de mes 14 ans, un dimanche, je voulais le passer avec des amies, de mon cours de tennis. Bien évidemment, cela était hors de question, je devais passer mon dimanche avec mes parents… Mon père alors que je persistais dans mon refus, a essayé de me donner la fessée… J’avais 14 ans que diable ! Ensuite, il a voulu rester dans ma chambre alors que je faisais ma toilette (ma chambre possédait un lavabo), et je l’ai foutu dehors !

Et pourtant, c’est à mon père que je dois mon goût pour la photographie, hommage que je lui ai rendu lors de son enterrement. Et c’est à mon père que je dois mon intérêt pour tout ce qui est « mystique », entre autres la franc-maçonnerie, et, par d’autres biais plus ou moins dérivés, les sectes (j’ai été éduquée dans un collège catholique). En effet, mon père faisait partie de l’ordre des Rose-Croix… Je l’ai toujours plus ou moins su, même si je n’ai pas le souvenir qu’il en ait parlé (peut-être ma mère, parfois). Souvent, il parlait politique, expliquait le pourquoi du comment d’un candidat et pas d’un autre, et chose « drôle », il n’y avait que moi, des trois enfants, qui « captait » ce qu’il disait.

Jusqu’à sa mort, je nous croyais proches. ce qui est certain, c’est que je tiens principalement de lui.

Alors, c’est quoi, ce continuum ? Dans la série chose acquise, ce serait la perpétuation d’un goût pour le mystique, pour la photographie, mais, ce qui tient à mon père également, c’est la médiocrité. En effet, ses photographies sont médiocres, même s’il avait ce goût du déclic perpétuel, aucune recherche de la perfection, aucun travail, rien de bien spécial… Quant au Rosicrucianisme… J’ai appris tout récemment qu’il s’était rendu au Château d’Omonville… Ce qui m’a permis quand même de comprendre son implication, mais il n’a jamais forcé ses enfants à y adhérer. Au contraire, nous étions automatiquement poussés vers la direction de l’église, chaque dimanche, mais peut-être était-ce pour une autre raison ;)…

Ce fut également vers cet âge (14 ans) que je fus attirée par le concept de la réincarnation. J’étudiais donc les sectes et leur mécanisme, et, selon la mode du moment, la secte de Krishna, qui expliquait que le foetus souffrait dans le ventre de sa mère. C’est drôle comme la mémoire est sélective ! Je me souviens de leur livre, de l’image du foetus !

Continuum donc, j’ai abandonné, tout comme mon père a abandonné l’accordéon, ma mère le piano, moi la musique,  j’ai lâchement laissé tomber le chant… mais il n’est jamais trop tard…

Continuum donc, car une victime de l’inceste répète parfois les traumatismes qu’elle a connu lors de son enfance (ou pré adolescence dans mon cas). Ce que j’ai fait… En prenant bien soin quand même d’aller jusqu’au bout pour un homme : le bien et le mal. Pendant un temps, je suis sortie avec un homme âgé de plus de 18 ans que moi. Un homme sensible, je ne peux oublier son petit air d’adolescent, son sourire qui cachait tant de malheur, lui-même victime d’inceste, et de tant de leçons de vie douloureuses. La perte d’un frère, un père autoritaire, une mère effacée… Alcoolique. Alcoolique non violent physiquement mais très éprouvant moralement. Le jour où il m’a frappée, c’est le plus grand « service » qu’il m’ait rendu… Je l’ai quitté… Et pourtant, il m’a portée vers ce goût pour la lecture, la musique, le chant, la perfection… Je ne sais ce qu’il est devenu…
Le mal, simplement le mal, ce fut le viol en 1998, juste après un acte de désespoir, j’en ai cherché un autre… Et peu de soutien… Le viol n’a pas été puni, mais il m’a semblé comprendre que le mec avait été condamné pour trafic de stupéfiants. C’est peut-être mieux ainsi… Il travaille dans la même rue où j’habite…

Sans compter 2008… Mais là, c’est tout une autre histoire… Que je conterai ailleurs…

Les évènements s’enchaînent sans que l’on semble pouvoir les contrôler. C’est probablement l’inconscient négatif qui vous y pousse. Quand on connait un certain état d’être, il semble difficile d’aller vers un autre état. Un être victime d’inceste (peut-être ai-je tort de généraliser ?) ne connait que la douleur, et pire encore, il associe amour et douleur, amour et trahison, et ressent un fort sentiment de culpabilité, un double sentiment de culpabilité. Culpabilité lors de l’évènement : c’est ma faute si ce qui est arrivé m’est arrivé. J’ai séduit mon père, il est vrai que la fille cherche à se substituer à la mère, idem pour le fils, au père… Et pour preuve, bordel!, les photos où j’étale un sourire jusqu’aux oreilles à mon père qui me photographie ! Et c’est ainsi que le père sème le trouble en n’assumant pas son rôle de père : poser les limites. J’ai ce souvenir de ma marraine qui parle de moi, enfant de 3 ans, une vraie pipelette. La pipelette s’est tu… L’adulte mûre écrit enfin…

Cette image de mon père, étendu dans son cercueil… cette image d’un parfait inconnu me glace le dos… C’est comme si toutes les erreurs de sa vie refaisaient surface… il est parti sans dire au-revoir, il est même parti dans l’absence ! Absence causée par la maladie d’Alzheimer. Comme un traître, comme un lâche, il est parti. Ou comme si nous avions ainsi « réglé nos comptes » ?

La fin de ceci ?

Mon dieu, ce serait terrible… Découvrir le bonheur. Pour y arriver, se dire que, dans la quête du bonheur, le chemin serait empli d’embûches, et donc de souffrances également, faciliterait les choses ? Le plaisir, le bonheur, pour une victime d’inceste, sont synonymes de souffrances, mais une souffrance que l’on ne désire pas, car cette souffrance-là mène à un monde totalement inconnu (ou oublié)…. Comment comprendre cela, pas besoin d’un psy…. Il ne faut pas se voiler la face. Le corps est le corps. Il est très probable, sinon certain, que sous les caresses de mon père, j’aie éprouvé du plaisir. C’est physique, je n’ai pas à m’en vouloir pour cela (mais je vous avoue que c’est très dur à écrire, à avouer !!!!). Mais, franchement, pour qui se prenait-il quand il faisait « cela » ? A quoi pensait-il ? En fait, quand mon père est mort, ai-je vraiment perdu un père ? Est-ce cela qui fait que j’ai l’impression qu’il m’était inconnu ??? Qu’au bout du compte, nous n’étions pas si proches que cela ???

Continuum interrompu ?

Je vous avoue que cela fait un moment que je réfléchis à rejoindre les Rose-Croix… Heureusement qu’il y a le prix qui m’a retenue ;)…  Je suis dans une quête mystique différente de celle de mon père, une quête de la Vérité avant tout, mais, peut-être du fait de l’inceste, je n’accepte pas comme cela l’autorité, une Vérité édictée par un organisme ou un autre. Je prends mon temps, j’essaie d’écouter mon instinct, si fort parfois, et qui ne me trompe que quand je ne l’écoute pas et le laisse se déformer par maints miroirs… J’ai eu un petit ami qui fait partie des Rose-Croix… Les deux n’étaient pas attirants, en fait… Ce qui me faisait sourire, c’est quand il invitait à entrer des Témoins de Jéhovah pour établir une confrontation d’idée, une sorte de bras de fer… Vous remarquerez que mon subconscient a écrit « idée » au singulier alors que le pluriel aurait été plus adéquat…  Ce qui est cocasse, ce sont les termes d’un ami de mon père, à l’enterrement de mon père, quand on a discuté… S’il ne voulait pas que je rejoigne les Rose-Croix, il n’aurait pas mieux fait (il est Rosicrucien)… Sincèrement je me pose la question, car l’autre éventualité est qu’il m’a prise pour une cruche ; ou il ne me connait pas… « On y rentre comme on veut, on en sort quand on veut » (ou à peu près cela… ), furent les termes employés, termes parfaitement adaptés au langage des…. sectes ! Je sais que quand on quitte les Rose-Croix, par contre, on doit rendre tous les écrits, les enseignements que l’on a pu recevoir. Si on n’a pas pu les assimiler, nous rend-on l’argent ?  Bouh, Florence est fâchée avec l’argent… Disons, que j’aime bien, si je dois le sortir, savoir s’il va vraiment être utile (débouchant sur un résultat concret), et je ne pense pas que le savoir, la Vérité, s’acquièrent avec l’argent. L’argent n’est pas une fin en soi, il est juste un outil, et un outil doit être juste utile… Par contre, je sais que je n’ai pas apprécié qu’il soit allé voir mon frère, cela, je l’appelle de la « prospection », mon frère occupant un poste intéressant…  Bon, d’avoir dit cela, c’est foutu, je n’y entrerai plus… Mais c’est bien plus complexe que cela… Point je ne peux juger si je n’en connais pas toutes les arcanes !!!

Comme tout être humain (ou pas, d’ailleurs), je reste en quête de la Vérité, le mystique m’intéressant un moment mais si le vide résonne en lui, il me lasse. Seulement, mon esprit est tellement complexe, qu’il faut que j’apprenne la patience de dénouer les liens, et d’aller au fond des choses, au lieu de m’éparpiller… Et que je fasse un peu plus confiance en mon instinct… Plus le temps va et plus mes deux guides sont Gandhi et Mère Teresa… Car ils allaient jusqu’au bout de leur « voie », du pourquoi et comment de leur présence sur terre, de leur existence… De ce qu’ils croyaient juste, sans tromperie aucune, et chacun selon son chemin de vie. Il pourrait paraître étrange à celui ou celle qui ne pratique pas la « réflexion » intime et profonde, de comprendre comment Mère Teresa continuait son action malgré un grand vide qu’elle sentait en elle, alors qu’elle était si aimée et entourée, qu’elle donnait mais recevait également. Ce grand vide qu’elle ressentait, était-il donc le « mystère », ce mystère de l’Univers auquel nous appartenons ? Est-ce le fait que nous ne sommes qu’un et donc, à se tourner vers l’autre qui n’est que soi-même, c’est se retourner vers l’infini ? Je précise, nous ne sommes qu’un à l’arrivée et ne faisions qu’un au départ… les paraboles de la Bible sont interprétables de différentes manières… la pomme, nous voulions la croquer, nous en avons également mangé les pépins… Ou que le don de soi n’est qu’une infime partie de ce qui est réalisable, comme elle le disait, ce que nous faisons n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan, mais que, si nous ne l’accomplissions pas, cette goutte manquerait éternellement à l’océan…

Je parle d’océan et voilà que je vous montre le ciel… Parlons alors de ciel et je vous montrerai l’océan… Mais de par là où j’habite, nous n’avons que la mer, bien sage, aux petites colères….

Parlez-moi de ciel et d’océan, et mes mots se taisent. Ils viendront plus tard, le blocage est encore là… Ce n’est pas grave… Il viendra le temps de tout lâcher… En attendant jouons avec la vitesse et l’ouverture…

Il faut savoir qu’un coucher de soleil amène toujours un lever de soleil… Car les anges veillent.