Le temps passe et ce qui est passé est passé. On ne peut le réécrire, on ne peut que vivre avec. Des fragments de vie s’envolent avec le temps, d’autres s’attardent, se lovent au creux de votre esprit et s’enracinent dans des coins de votre âme.

Le temps, même s’il inscrit son empreinte sur votre corps, il donne également des couleurs à votre âme. C’est sans choisir ces fragments qu’ils s’installent et tracent une nouvelle route, aux détours parfois inattendus. De l’inceste, certes, je ne peux rien oublier, sauf ce que mon esprit a délibérément décidé d’oublier… Cette lumière qui envahissait la chambre et moi coincée dans mon lit à gigogne avec l’échelle qui m’empêchait de sortir et toi d’entrer… Entièrement. Des mots prononcés, et une guerre qui commence. Seule.

La vie est faite telle que Dieu nous l’a donnée, avec des épreuves que nous sommes censés pouvoir supporter.

Ainsi, même si cet acte reste à jamais gravé dans ma chair et dans mon âme, allant jusqu’à me pousser à renier si souvent ma propre vie, mes sentiments, et surtout, le plaisir, je continue d’avancer et choisis désormais les compagnons de mon âme.

Tu étais rosicrucien, je ne sais si cela t’a vraiment apporté grand chose, du moins à l’enrichissement de ton âme, à l’évolution de celle-ci, à sa construction, à son épanouissement… Tu as appris certains faits, sur les choses de la vie, notamment la politique, des choses que tu m’as transmises, rien qu’à moi, comme c’est étrange, cette promiscuité des clivages entre nous deux , spécifiquement, tout comme cet amour de la photographie. Comme je suis la seule à m’être souvenue que tu voulais être incinéré alors que ta propre épouse a dit qu’elle n’avait pas réussir à savoir, avant ta mort… Et cette bougie que j’avais allumée, peu avant ton décès et qui s’est consumée de l’intérieur, est devenue toute noire… J’espère seulement que la noirceur ne concernait pas ton âme… Ou son devenir….

Plus le temps passe et plus j’essaie de me libérer d’un passé qui m’emprisonne. Celui-là même qui m’a blessée pour la vie. Mais la vie, ma vie n’est pas finie. Et aujourd’hui il me reste une phrase de toi qui me fait sourire… Je préfère ainsi me laisser envahir par la tendresse… Nous faisons des choix qui peuvent transformer une vie (et là je pense à une amie), et ces choix nous appartiennent… Et qui me font penser que l’amour doit et peut être plus fort que tout. Que c’est la quête ultime de la vie, avant même la connaissance (sinon de soi). L’amour peut tout, comme le disent les Saintes Écritures…

Et, cela pourrait sembler dérisoire, futile, ridicule… Mais il est une phrase que je retiens de toi.  Quand je me traitais d’abrutie, tu me répondais « fille d’abruti »… En aurais-je enfin découvert le sens  aujourd’hui pour que cela me fasse sourire ainsi ?

Papa2

Je ne t’ai jamais contredit, ni même confirmé la chose. Peut-être. Ce n’était peut-être pas le mot adéquat. Ce n’était peut-être pas toi. Mais une chose est sûre, c’est que tu ne manquais jamais de le dire… Quand tu es mort, tu es parti comme un étranger, cela ne fait que depuis quelques mois que je sens parfois ta présence. Surtout lors de certains questionnements quant à des positionnements que je dois prendre…

Abrutie.

Fille d’abruti…

L’écho de la nuit se répète ainsi. Et moi je souris….