Désinscrire le temps du tableau de sa vie, car nous sommes le passé, le présent et l’avenir. Nous refusons les marques qu’il laisse sur notre peau et cherchons sans arrêt des repères. Quand est-ce que je suis née, comment s’est déroulée mon enfance et comment ai-je survécu aux crimes qui m’ont été infligés ? Quand je me surprends à fouiller un peu plus profond au dedans de moi-même, j’entr’aperçois des forêts telle Brocéliande, des tapis d’ombres et de lumières qui se chevauchent sur une douce mélodie de harpes et de flûtes de pan… Des senteurs d’épices d’orient dessinent des lignes ondulées mêlant leurs fils dans d’étranges concordances sur des notes de coriandre et de cardamome. Une cornemuse à l’orée du continent me rappelle que l’océan est la matrice de mon âme, un piano aux accords tumultueux tente désespérément de m’attirer vers le monde des entrailles, celles qui vous tourmentent dans le questionnement du qui suis-je, du passé de mes vies, entre le monde celte, l’Inde, le Pérou, peut-être, comment saurais-je, le samsara cultive l’amnésie… La vie est contradictions, voici un violoncelle, que caresse sensuellement un archet, et mon coeur s’emporte… Je suis une femme qui danse, ses pas dans une démesure que seul l’amour sait porter. Un pas vers l’est, un pas vers l’ouest, virevolte, s’envole vers le nord, puis glisse vers le sud, et tout cela tisse un tableau de mille couleurs. Une gigue, et le coeur ne contrôle plus rien, la robe n’est plus qu’une symphonie de nuances d’arc-en-ciel, les couleurs se mêlent, la lumière se recompose…

Lors d’une opération bénine, j’ai fait un rêve… Je voyais maints bateaux, bleus, maintes petites couleurs, vives, des couleurs du Sud…

Selon les règles de la réincarnation, nous choisissons notre existence présente. J’aurais donc choisi de naître dans le sud, j’aurais donc choisi de vivre ce que j’ai vécu, dont l’inceste. Tout a une raison. L’éducation que nous recevons n’est pas irréversible. L’inachevé, l’abandon de leur passion, celle de mes parents. Et nous reproduisons souvent ce que nos ancêtres ont déjà reproduit. Parfois, la chaîne se brise. Je ne vais pas abandonner mes passions, mais je dois me désentraver de mes chaînes. Démonter les barricades que j’ai élevées contre mes ennemis, mettre à terre les barrières, me donner les moyens de mes passions et de mes dons.

Sous le dôme des étoiles, revient à ma mémoire un conte que j’avais écrit, il y a de cela un moment, Le Seanchai, où je disais ceci :

 « Je ne peux, Liadain, changer le cours des choses qui ne sont miennes. Je ne peux que changer la façon de les rapporter. Les choses, les gens qui te touchent, tu ne peux changer leur destin. Il leur appartient.
Tu ne peux que discourir avec eux, les entendre, les soutenir. Mais n’oublie pas : leur vie n’est pas ta vie. Toi seule tient les rênes de ta vie entre tes mains. Ne te trompe plus de chemin. Tu es assez sage et avisée pour cela. Il t’appartient d’ouvrir les yeux, et, quand tu auras ouvert les yeux, de t’accepter comme telle, ni plus ni
moins importante que qui que ce soit. Et, cela, les soi-disant « grands » de ce monde l’ont oublié. N’oublie pas…. (la
voix se fit lointaine) N’oublie pas que chaque être est unique en ce bas monde et que chaque être a sa propre lumière à apporter…
N’oublie pas, n’oublie pas…. »

Il est temps pour moi de désinscrire le temps,de jouer avec les aiguilles des cadrans, de « toucher » les mot justes… Pianoter des notes de musiques dont les mots seront la clef…

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