Dis, maman, quel est ce monde où tu m’as fait grandir ? Ce monde où les femmes ne sont pas respectées ; on les accuse d’aguicheuses ; on les accuse de légèreté ; on les accuse, maman. Et elles n’ont peut-être rien fait pour cela. Elles ont juste envie de vivre leur vie de femme, avec tout ce que Dieu leur a donné. Dis, maman, quel est ce monde où tu m’as fait grandir ? Déjà enfant, j’ai dû me protéger seule, contre un être qui m’aimait mais qui m’aimait mal. J’ai bâti des murailles contre le monde pour me protéger et puis, moi-même, j’ai voulu aimer. Et j’ai mal aimé. Aujourd’hui, le monde ne les protège pas, ça, c’est peut-être normal puisque je me trompe de mot. Ce n’est pas le monde, c’est notre société. C’est cet assemblage d’êtres de tous horizons qui se met à ne plus la protéger. Au nom de quoi ? Du fait qu’elles veulent leur indépendance ? Même pas puisque de tous temps, les femmes ont été abusées. Seulement, après avoir créé des lois, ces mêmes porteurs de lois ne protègent plus, c’est tout un système qui se lézarde et qui rend la femme encore plus démunie. Quel est ce monde où tu m’as élevée pour que je sois ainsi rabaissée ? Où toute femme ne se sente plus protégée. Maman me répond qu’elle a connu la guerre, que bien des horreurs se sont produites, où les femmes, encore une fois, se sont vues bafouées, dans leur plus profonde intimité, et maman demande à sa maman, quel est ce monde où tu m’as élevée, pour que je me batte ainsi à gagner des batailles qui ne devraient pas être ? Et la maman de ma maman lui répond qu’elle a aussi connu la guerre, et que ces mêmes faits sont aussi survenus. Oui mais c’était la guerre, répondis-je. Aujourd’hui, la femme n’est toujours pas respectée, c’est même devenu pire, elle est devenue objet, un objet dont les hommes peuvent disposer à leur guise ! Je lis la loi, tous ces textes de loi élaborés puis votés, et je m’aperçois que dans la pratique, lassitude et abandon ont fait leur nid.

On me parle de sécurité, on me parle de respect. Mais où sont-ils ? Maman, je regarde autour de moi, je vois les gens s’enfermer dans l’indifférence, si parfois j’entends des cris, ils sont vite étouffés. Je sais qu’il reste des âmes entières, non corrompues. Je sais qu’il reste des âmes fières, des coeurs aussi grands que l’océan. Je sais que des bras restent ouverts, pour consoler, et des mains pour caresser vos cheveux. Et des bouches qui parlent encore le langage du coeur et de l’âme. Et des bouches pour dire. Et des yeux pour transpercer, ou adoucir.

Maman, quel est ce monde où tu m’as fait grandir ? N’était-ce donc point pour m’élever ? Que parfois tu aies eu du mal à me transmettre ton amour, et que mon coeur en ait été blessé, je continue de vouloir apprendre à aimer. Dans les blessures, dans la haine, dans les épreuves de tous les jours. Seul l’amour peut vaincre les turpitudes de ce monde. Qu’importe ce que l’on peut me dire, les coups que l’on puisse me porter.

Alors, au delà des étoiles je porte mon regard. Au milieu de la nuit, je me mets à danser. Les voiles de mes robes imaginaires dessinent une nouvelle voie lactée. Je danse, au milieu de la nuit, au milieu d’une multitude d’étoiles. Au milieu d’espaces plus concaves. Au milieu des requins et des vautours. Au milieu du sang, des multitudes de flaques opaques que son accumulation dessine. Au milieu des larmes des femmes que l’on ne console pas.

Je danse et je souris. Pour mieux aimer.